La voix du silence ; Chapitre trois

La voix du silence ; Chapitre trois
 
 
 
Mère organise une réception.
 
Elle y a invité ses amies les plus proches -géographiquement parlant- ou autrement dit, ses amies les plus influentes du pays. Assises dans notre second salon, le plus grand, le plus beau et digne de ces invitées, ces dames discutent de tout ou de rien, des sourires et des rires parfaits échappent de leurs bouches que je devine déjà recouvertes par le dernier rouge à lèvres sorti. Derrière la porte faite entièrement en un verre opaque, je vois leurs silhouettes minces et frêles se pavaner, leurs ombres gesticuler doucement, leurs esprits s'amuser, alors que je tente de monter le plus discrètement possible le grand escalier, serrant mon sac contre moi, serrant mon c½ur de toutes mes forces, le désir de me cacher dans ma chambre m'abritant.
 
L'une de ces dames s'exclame soudain :
 
-Oh ma chère Layla ! Je n'imagine même pas la peine que tu as eue lorsque Jude t'a quittée !
 
L'âme de ma mère s'agite, hoche la tête. 
 
-Je m'en suis remise, comme tu peux si bien le constater. Je ne laisserais jamais un homme me détruire ainsi, Anastasia.
-J'ignore comment tu as fait ; si mon mari partait, je ne serais plus rien, sur le plan financier ET émotionnel. Mais je te reconnais bien, là ! Toujours aussi forte, toujours aussi imperturbable. Tu es incroyable, rit la dénommée Anastasia.
 
Leurs voix s'effacent et disparaissent tel un mauvais souvenir lorsque j'atteins la porte de ma chambre. L'obscurité m'accueille, l'obscurité m'aveugle tandis que je cherche et cherche l'interrupteur, tire les rideaux, ouvre les fenêtres, me tourne et l'observe. Toujours aussi bien rangée, toujours aussi bien organisée ; on pourrait se noyer dans le classement parfait des vêtements siégeant dans l'armoire, des nombreux livres que je n'ai jamais lu occupant mes étagères, des stylos et des feuilles, tout ce qui touche plus ou moins à ma scolarité mouvementée. Mon ordi est là, également, posé tout près du grand piano à queue blanc que je déteste profondément. Combien d'heures ais-je perdu, à cause de ce monstre noire et blanc ? Combien d'heures d'enfance que j'aurais facilement pu remplacer par des jeux, par l'activité si insouciante qu'est l'amitié ?
 
Malheureusement, ce piano n'est pas la seule chose que je méprise dans cette nouvelle chambre. Rien ne va, ici : tout est trop grand, trop blanc, trop propre, trop rangé. Il n'y a pas de flamme, aucune photo, aucun objet personnel mis à part mes vêtements et mes livres, aucun signe que quelqu'un pourrait y habiter, dans cette pièce qu'on pourrait croire tout droite sortie d'un magazine, une vulgaire photo d'un cauchemar déguisé en rêve qu'on tenterait de nous vendre posément.
 
 Où sont passées ces partitions que j'avais jeté, hier soir vers minuit, après trois heures de répétition ?
Où sont passés ces draps d'un violet dégoûtant qui m'ont pourtant si bien étreinte, cette nuit ?
Qui sont ces fées, ces êtres magiques, toujours infatigables, en perpétuel mouvement, qui changent et changent mon décor ?
 
« La propreté et l'organisation sont la clé d'une réussite professionnelle », m'avait expliqué ma mère, un jour, un matin, en buvant sa tasse de café, sans jamais me regarder, m'ignorant superbement. « Mon enfant ne peut se permettre d'avoir une chambre ou des effets personnels sales, voyons ! s'était-elle exaspérée lorsque j'avais insisté et continué à protéger mon envie d'interdire l'accès à ma chambre aux servants. Imagine donc ce qu'on pourrait croire de moi, ce qu'on dira dans mon dos ! Les rumeurs atroces qui se mettront à circuler. Je suis Layla Heartfilia ; je ne peux avoir un voyou muet pour fille. »
           
Un voyou muet...
 
 Je suis la honte de ma mère, songeais-je en m'allongeant sur le matelas trop moelleux de mon lit. Je suis sa honte, son erreur, une tache dans sa merveilleuse carrière, dans sa vie si parfaite. Je suis la fille qui n'est pas même pas fichue d'avoir une voix et qui est incapable de représenter sa mère ; je suis une catastrophe en danse, au piano, au dessin, en écriture. Mes notes sont tout justes moyennes. Je n'ai pas sa grâce, pas sa beauté, pas son intelligence ou sa confiance imperturbable. Je suis gauche, maladroite, mes cheveux d'un blond terne et mes prunelles sont mornes, vides d'intérêt et j'hésite, j'hésite, j'hésite tout le temps. Et par-dessus le marché, comme si la liste de mes défauts était minime, je suis timide, incapable de prendre la parole devant un groupe de personnes sans devenir violette.
 
Elle aurait tant voulu avoir une fille normale.
 
Jamais elle ne le dirait ouvertement parce qu'elle est trop fière pour admettre une faiblesse, mais je le vois, je le vois danser dans ses prunelles, ce désir caché, ce désir inadmissible et honteux et pourtant bel et bien là. C'est pour cela qu'elle ne m'appelle pas et ne cherche pas à me présenter à ses nouvelles amies. C'est pour cela que je me trouve ici, que je m'enferme dans une chambre à chaque fois que je rentre de l'école, pour cela que je tente de disparaître, m'effacer de sa vue et de ses pensées pendant au moins quelques malheureuses petites heures.
 
Et pourtant, ce n'est pas de ma faute, me dis-je soudainement, un sentiment de colère et de frustration m'envahissant. Ce n'est pas de ma faute, si je ne suis née ainsi. Pas de ma faute, si mon père est parti. Pas de ma faute si je ne sais rien faire et que je finis toujours par tout gâcher, pas de ma faute, pas de ma faute.
 
Alors qui, j'aimerais bien savoir qui en a décidé autrement ?
 
 
 
Je vois les cheveux bleus de Levy se détacher de la foule tandis que ma limousine entre dans l'enceinte du lycée et se met en file avec trois autres.
 
Elle fixe intensément ses mains recouvertes de mitaines rouges et tremble, se recroqueville, son corps déjà petit se faisant tout d'un coup minuscule. Je vois ses lèvres remuer, ses joues roussir et rougir de plus belle, ses pieds s'agiter et frapper doucement la neige empilée. Elle hoche la tête deux fois, fronce les sourcils, lève ses prunelles brunes et fixe ardemment le garçon qui se tient devant elle, grand, tellement grand. Un léger sourire trouve son chemin sur les lèvres de ce dernier tandis qu'il lui tapote légèrement la tête et qu'il finit par s'en aller, la laissant plantée là, complétement démunie, aussi rouge que le tissu qui recouvre ses doigts.
 
Elle est toujours là, brûlante et fiévreuse alors que je la rejoins doucement et que du bout du pouce, je touche son bras.
 
Ses yeux s'écarquillent, ses lèvres s'entrouvrent et elle sursaute, me fait face, tente de se ressaisir en plaquant ses mains sur ses joues.

-Salut, Lucy ! s'exclame-t-elle honteusement en se détournant. Comment ça va ? Quel temps horrible, ce matin !
 
Son rire léger se fait entendre tandis que sa voix nerveuse s'estompe dans la neige.
Haussant les épaules, je pointe l'entrée de l'établissement, soudainement curieuse, dévorée par l'envie de savoir et par l'aspect apetissant que peuvent avoir les ragots, les histoires de c½ur. N'ayant jamais eu de petit ami, à cause de mes déplacement fréquents et de la timidité fulgurante dont je faisais preuve lorsqu'on m'abordait, timidité qui me faisait tout d'un coup perdre la tête, perdre l'esprit et ne devenir qu'une simple poupée désarticulée.
 
Levy me dévisagea, interloquée.

-Tu veux qu'on y aille ? tente-t-elle de donner un sens au bout de mon doigt pointant l'entrée du lycée.
 
Je fais une légère grimace, secoue la tête, me mets à pester contre ma tablette que j'ai logée profondément dans mon sac, au milieu de ma dizaine de livres et de cahiers. Me mettant à gesticulant, à faire des gestes sans doute étranges, drôles, risibles, me mettant à mimer l'imposante carrure du garçon, à mimer ses cheveux ébouriffés tout en montrant du doigt mon interlocutrice.
 
Elle me dévisage, pas convaincue, sans comprendre, soudainement embarrassée.

-Tu veux me parler d'un clown, Lucy ?
 
Devant moi, un groupe de garçons et filles mélangées passent, nous regardent, s'esclaffent et très bientôt des « sympa comme jeu » ou encore « regardez ces gamines » fusent, remplissent l'air, l'oxygène que je tente si vaillamment d'inspirer, d'expirer, de capturer sans pour autant y arriver. La honte me glace le sang, me brûle les yeux, les joues, les lèvres, l'esprit tandis que je reste soudainement incapable de bouger, fixant ces élèves, les regardant se moquer, les écoutant se moquer, leurs mots me piquant, me coupant en deux et faisant tressaillir mon c½ur frigorifié. 
 
Je serre les dents, me dis d'être forte, de ne pas laisser tout cela m'atteindre et me répétant, encore et encore, que bientôt mon calvaire sera fini, que bientôt je pourrais quitter le domaine de ma mère et m'installer enfin quelque part, dans une vraie maison, avec des photos et un désordre horrible, que je chaufferais sans aucun doute beaucoup trop en hiver et finirais par tomber malade, en ouvrant la plupart de ses fenêtres. Je songe à ça, je m'accroche à ça, à ce rêve, l'attrape et le serre contre moi pour oublier le moment présent. Pour m'endurcir.
 
Je secoue la tête et baisse la tête, laissant déjà tomber mon envie de discuter. Silencieusement, je me mets en route et j'écoute Levy, j'écoute sa voix, si douce, si gentille, si chaleureuse. Elle s'anime et s'exprime, prend différentes tonalités, devient aigue, devient grave, devient un chant oublié de tous qu'on s'amuserait à redécouvrir avec des airs incrédules. Un léger, imperceptible sourire se fraie un chemin jusqu'à mes lèvres pâles tandis que je relève le menton timidement et que je regarde autour de moi, suis encore une fois impressionnée par les imposants murs de ce nouveau lycée, me mets à fixer la foule d'élève qui serpente vers les casiers.
 
Soudain, quelque chose attire mon regard et je sens mes sourcils se froncer.
 
Une touffe de cheveux rose se dresse devant moi, suivant docilement le dos de ce groupe qu'on venait à peine de rencontrer. Vaguement, je me souviens de la journée de hier, des cris dans le couloir et de la douleur que m'a provoquée une chute. Chute causée surtout à cause d'un garçon qui est pourtant parti tout aussi vite qu'il était apparu, se glissant dans les élèves, dans leurs ombres, disparaissant ainsi. J'ai cependant eu le temps de voir ses cheveux et ses yeux, d'un vert vif, si je m'en souviens bien.
 
 J'accélère le pas sans le savoir.

Est-ce la même personne, le même garçon ?
 
J'accélère le pas.

-Lui, c'est Natsu, me chuchote Levy qui avait fini par s'apercevoir de mon air absent et de mes yeux rivés sur le dos de l'inconnu. C'est lui qui t'a bousculée, hier, et qui est parti comme un voleur, sans même s'excuser !
 
Je continue, continue de le fixer, continue de l'observer encore et encore avec une intensité sans nom, une intensité étrange et incompréhensible. Je continue de le fixer, sans même savoir pourquoi, continue d'être intriguée par ce dos, par ces cheveux, par cette démarche désinvolte qui suit son groupe d'amis. Je continue de le suivre sans le savoir, ignorant ma raison, ignorant cet instinct qui tout d'un coup s'anime et décide de ne pas aimer cette personne, de la détester, de tracer une crois rouge sur ce visage que je n'ai même pas eu le temps de réellement observer.

-C'est le larbin de Gray, continue ma jeune amie, le ton bas, murmurant. Enfin, officiellement il est son ''meilleur ami'' mais tout le monde sait que c'est juste une énorme blague. Tout le monde, y compris Natsu, mais je crois qu'il s'en fiche. Il est pauvre, tu sais. Il est horriblement pauvre mais se débrouille grâce à une bourse d'études. Seulement, avoir une bourse ne règle pas tous nos problèmes et d'après les rumeurs, il peine à continuer à payer ses factures mensuelles.
           
Elle marque un court arrêt et me jette un bref regard, le visage grave.
           
-Mais trainer avec Gray Fullbster a ses avantages. En fait, pour chaque ''service'' que Natsu lui fait, Gray le paye. D'ailleurs, hier, quand on l'a croisé dans les couloirs, il venait de voler la montre de Laxus, le capitaine de l'équipe de foot du lycée. Cette montre devait sans doute coûter dans les deux mille dollars.
           
Je fronce les sourcils, m'interroge, l'esprit agité par des questions, par l'incompréhension. Gray est riche ; pourquoi voler une montre qu'il pourrait très bien se procurer ? Le souffle coupé, je comprends et je sais, je me rends compte de l'évidence avec un brusque mouvement de tête.
           
Pour s'amuser, tout simplement. Envoyer Natsu voler une montre et déstabiliser tout le lycée... que c'est divertissant !
           
L'étrange personnage se retourne, tout d'un coup et lance un regard qui me traverse, m'ignore, ne semble pas capable de me voir. Il ne se rappelle pas de moi, il ne se rappelle pas de m'avoir poussée et de m'avoir fait tomber, il m'a oublié, a oublié cette rencontre, a oublié mon existence. Lui, cette personne aux étranges cheveux roses, extravaguant et à la vie dure, dont la mâchoire est ornée d'un magnifique bleu tirant sur le violet.
 
 
La voix du silence ; Chapitre trois

 
Hellow ! 
 
Alors, ce chapitre, comment le trouvez-vous ? Il ne s'y passe toujours pas grand chose mais on apprend, on apprend plus sur les personnages, sur Lucy, sur Layla, sur Natsu (pas encore sur Levy). Le passé de Lucy s'ouvre à nous de plus en plus, mais attention, on ne sait toujours pas ce qui a changé Layla à ce point !
Enfin, j'aime bien ce chapitre, il est très informatif x3 Mais j'ai hâte de coucher sur papier ces scènes qui me hantent l'esprit ! Des scènes avec Natsu, avec Cana et ses amies, avec Levy (qui ne seront pas toujours aussi tranquilles ). Dans ma tête, cette fiction promet... j'espère juste arriver à tout retranscrire sans sortir du chemin, comme je sais si bien le faire ! 
 
Voilà voilà pour ma part. 
J'espère que vous avez apprécié votre lecture !
 
 

Tags : La voix du silence - chapitre 3 - Bleu

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Comments :

  • Visiteur

    26/10/2016

    Je pense que ce blog est abandonné

  • naludefairytail

    20/09/2016

    <3 <--( je sais pas quoi dire pour te faire comprendre que cette histoire a l'aire super !)

  • Petite sur

    24/08/2016

    Ehh, je me sens si si seul (en pleine déprime), pas de chapitre , je suis si triste.

  • Petite sur

    04/08/2016

    Il n'y a personne , ouh ouh nalu-oneechan

  • Petite sur

    05/07/2016

    Nalu-oneechan,a été enlevé par les études?

  • FREEZE

    05/06/2016

    Hey, désolée pour le temps de réaction, la première oblige !
    Bref, commençons !
    Déjà, reprendre l'idée des gosses des riches et du pauvre paumé au milieu est une excellente idée, de plus, on va pouvoir éprouver de la pitié pour ce pauvre gamin des rues.
    Et Lucy, Lucy Lucy. Cette pauvre fille, détestée par sa mère, que s'est-il passé ? C'est la principale question des premiers chapitres !
    Enfin, bref, très bon chapitre, continue comme ça et à la prochaine ♥

  • NaLu-chan

    01/06/2016

    Visiteur wrote: "Nalu-oneechan est porté disparu"

    Non, non, je suis de retour ! Avec la fin des cours qui approche (ce vendredi !) et le début des examens (je vais devoir bosser) j'aurais du temps et je serais plus présente sur le blog ! ^^

  • NaLu-chan

    01/06/2016

    Visiteur wrote: "Nalu-oneechan , merci de continuer d'écrire pour nous"

    De rien ! Je continuerai aussi longtemps que vous aurez besoin de moi ^^

  • Visiteur

    31/05/2016

    Nalu-oneechan est porté disparu

  • Jellanne

    18/05/2016

    hey (pour une troisième ou quatrième fois de la soirée xD )

    Alors là, j'ai été assez étonnée ! Moi qui croyais que Natsu serait un jeune, beau, riche et prétentieux jeune homme... c'est tout le contraire ! O_o ( bon, juste pour le riche et prétentieux afin, ça je sais pas encore vu qu'il ne se souvient pas de Lucy... )
    Mais j'ai adoré ce chapitre et cette fois-ci, je vais m'expliquer en détail juste pour te montrer la peine que j'ai en me rendant compte que tu n'as pas encore sorti le chapitre 4 !

    Tout d'abord et comme je l'ai déjà dit dans les commentaires précédents, ton style d'écriture est envoûtant tant dans les descriptions que dans les réflexions de Lucy ou les comportements des personnages.

    Ensuite, l'idée de ce récit et la façon dont tu la développes est très intéressante ! Tu nous surprends toujours pas un nouvel événement qui nous déboussole et nous pousse à faire marcher un peu notre jugeote pour essayer de savoir la suite !

    Pour finir, je trouve que tes personnages semblent réels et tellement humains. Tu nous fais passer toutes leurs émotions et leurs pensées (essentiellement Lucy vu que c'est elle le narrateur ;) ).

    Bref, ta fiction est une petite merveille et je suis bien contente d'être tombée dessus xD

    Bisous et bonne nuit d'une grande fan '3' ~

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