Embrasse-moi princesse ; chapitre 19


 

 


-Pour mettre fin à ses jours, soupira Gray.
 
Je me figeais.
 
Je me figeais, arrêtais de respirer pendant quelques secondes, arrêtais de vivre, d'exister pendant ces malheureuses secondes beaucoup trop longues et les regardais. Les regardais, à tour de rôle, incrédule, la surprise ayant eu raison de moi et mes traits étant sans doute transformés par le doute, par la confusion ; je devinais déjà mes sourcils froncés, mes lèvres entrouvertes et mes yeux fous qui ne cessaient de bouger, de faire des vas et vient entre ces deux hommes, comme pour chercher la vérité.
 
Je n'étais tout d'un coup plus rien, je venais de perdre la connexion de mon corps et n'étais plus qu'un esprit, qu'un fantôme qui regardait ma carapace abandonnée balbutier, ses lèvres commençant à remuer, son c½ur recommençant à battre et sa voix, réveillée, se mettait à poser des questions.
 
-Elle va mourir ? demandais-je, étouffée, une douleur me crevant le c½ur, y infiltrant la panique la plus profonde et la plus obscure.
 
J'inspirais.
 
-Comment ? Pourquoi ?
-C'est une longue histoire, commença Gray en se détournant.
 
J'expirais.
 
-Alors fais-la courte !
 
Je marquais un arrêt, étonnée par la vivacité de ma voix, par son ton colérique, impatient, tellement agressif. Je marquais un arrêt, me rendant compte que je perdais le contrôle face à la panique, cette panique froide qui montait en moi, au fur et à mesure que nous progressions dans les bois, au fur et à mesure que le temps s'étirait et l'attente des réponses se faisait de plus en plus longue. J'avais besoin de savoir, j'avais besoin de connaître la vérité, j'avais besoin de connaître les raisons qui pousseraient quelqu'un à se suicider, quelqu'un d'aussi jovial et plein de vie comme l'était Juvia. C'était incompréhensible. C'était absurde. Illogique.
 
J'avais besoin d'explications.
 
Et aussi étrange que cela pouvait paraître, j'étais prête à tout pour les obtenir.
 
Ce fut Natsu qui me répondit.
 
-Juvia n'est pas humaine...comme tu le sais déjà. En fait, elle est un esprit de l'eau, une nymphe, qui ne peut vivre parmi le monde des humains, qui ne peut fouler la terre, ce qui fait d'elle une prisonnière, en quelque sorte, du monde aquatique. Elle est un être immortel dont le destin est d'arracher le c½ur des hommes, hommes qu'elle aura charmé grâce à sa voix. Tant qu'elle le fait, tant qu'elle vole la vie des autres, elle reste vivante et elle garde son immortalité. C'est un marché qui semble juste aux premiers abords, n'est-ce pas ? Alors le fait que ces nymphes ne peuvent atteindre la terre ne les dérange pas, en général ; c'est pour cela que tu n'as sans doute jamais entendu parler d'une d'entre elles désirant devenir humaine. Cela n'existe pas... ou du moins, c'est très, très rare. Et pourtant, tu as vu Juvia, elle avait bel et bien deux jambes et elle était capable de marcher.
 
L'homme bête prit une profonde inspiration, marquant un arrêt et se tournant vers moi, me fixant, une étrange lueur dansant dans ses prunelles. Il esquissa un sourire, léger et rempli d'amertume, un sourire qui fit mon c½ur accélérer sa cadence en se serrant, en même temps.
 
J'hochais la tête, déglutissant et tentant de masquer mes joues rougissantes.
 
-Je connais tout ça, répliquais-je, la gorge sèche et la voix rauque.
-C'est complétement par hasard qu'on tomba sur elle, un matin d'été, il y a de cela un an, environ. Elle déambulait dans les bois, nue et le regard fou, riant d'une manière hystérique. ''C'est merveilleux'', ne cessait-elle de crier. '' C'est merveilleux d'être humaine, de courir en sentant le vent dans tes cheveux et le soleil te réchauffer le c½ur''. On a tous été stupéfait par cette apparition donc on lui a évidemment posé des questions ; on voulait savoir d'où elle venait, qui elle était, qu'est-ce qu'elle était, car on le sentait au plus profond de nos âmes, Erza et moi, qu'elle était d'une autre espèce. Pour toute réponse, elle avait pointé Gray du doigt et lui avait fait un clin d'½il. ''Figurez-vous que c'est ce jeune homme qui m'a poussée à sortir de l'eau ; il a volé quelque chose qui m'est précieux''.
-Il a volé quoi ?
-Un c½ur fraîchement arraché.
 
Mon souffle reste bloqué dans ma gorge, retenu par des cordes invisibles.
 
-Pourquoi aviez-vous besoin d'un c½ur ?
-On cherche depuis pas mal d'années comment contourner cette maudite malédiction ; à cette époque-là, on avait pensé qu'un c½ur humain pourrait nous aider. Évidemment, ça n'a pas marché, grimaça Gray.
-Et Juvia nous en voulait de le lui avoir volé. Elle nous en voulait tellement qu'elle était allée jusqu'à conclure un marché avec la plus ancienne des nymphes : elle demanda une année de vie humaine sur terre contre le c½ur d'un homme qu'elle aimera. Le laps de temps écoulé, elle redeviendra nymphe, mais si elle ne donne pas son dut à l'ancienne, elle se transformera en écume et cessera d'exister, tout simplement.
 
 
 
 
Le soleil se couchait à peine lorsque notre voyage toucha à sa fin.
 
Après quelques arbres, après avoir contourné soigneusement quelques obstacles mortels, des trous dans la terre ou encore des pièges de la part des chasseurs, nous arrivâmes enfin devant la surface claire et ondulée du lac. L'air froid nous caressant le visage et le soleil nous réchauffant la peau, nous aveuglant aussi, par la même occasion, nous restâmes éblouis par le calme et la béatitude, la paix la plus complète de cet environnement. Figés et stupéfaits, nous en oubliâmes presque la cause de notre venue et restâmes ainsi, à fixer cette eau magnifique, à respirer cette odeur maritime qui faisait remonter des souvenirs enfouis, des images d'enfants riant et sautant dans une eau bleue et immaculée, de ces dimanches passés à pique-niquer avec notre famille au bord d'un lac.
 
Mais c'est un cri aigu qui déchira notre béatitude.
 
Une plainte, un hurlement profond et rempli de tristesse, de fureur raidit nos muscles et nous glaça de terreur. La surface calme et ondulée disparut, laissa la place aux visage carnassiers et désireux de vengeance des nymphes. Elles nous fixeraient, sous l'eau, leurs traits blancs et diaphanes les faisant ressembler vaguement à des fantômes, leurs cheveux verts ou bleus entourant leur cou, faisant autour de leurs corps des liens solides et indestructibles.
 
-Voleurs, murmuraient-elles à l'unisson, nous glaçant le sang.
-Meurtriers, chuchotaient-elles, faisant de nous des prisonniers de leurs voix.
-Rendez-nous notre s½ur ! hurlaient-elles, nous brisant les os, pliant nos corps en deux et brûlant nos âmes d'humains.
 
Le tension se faisait de plus en plus forte, nous écrasait sous son poids, nous étouffait, nous tuait à petit feu, ne cessait de grandir encore, encore, encore, avec les voix, avec les nymphes, avec le pouvoir terrifiant de ce lac aux eaux vertes. Des mains sortirent, tentèrent de nous attraper et de nous emmener au fond, tentèrent de nous agripper les membres et de nous arracher le c½ur, elles sortirent, elles fouillèrent l'air et le vent, s'abattirent rageusement sur l'eau alors qu'elles ne trouvaient rien. Tout, le ciel, la terre et cette immense étendue d'eau n'était que fureur et désespoir, que fureur et vengeance, que fureur et déchirement.
 
Puis tout cessa d'un coup.
 
Le calme retomba aussi vite qu'il disparut, installa cette illusion parfaite paix et d'innocence, fit revenir les eaux bleues de ce lac qui nous appelait à nous baigner, qui nous attirait à lui et dont il nous semblait tout d'un coup impossible de quitter.
 
C'est Erza qui brisa le sortilège, se tenant derrière un rocher et caressant une tête couverte de mèches bleues, une peine horrible la défigurant.
 
Elle n'était plus la femme forte, elle n'était plus cette fée qui inspirait respect et confiance, n'était plus cette personne qu'on serait prêts à suivre jusqu'au bout du monde, non ; tout d'un coup, aussi étrange, aussi terrifiant que cela puisse être, elle est devenue une femme, une simple femme accablée par la tristesse, vulnérable et fragile.
 
Elle saisit, les mains tremblantes, un bout de papier jaunit et froissé, donc l'humidité a quelque peu abîmé, le déplia et le lut rapidement, faisant violence pour garder son calme, pour ne pas fondre en larmes.
 
Nous nous approchâmes d'un pas synchronisé, terrifiés à l'idée de ce que nous allions découvrir mais connaissant déjà la vérité, quelque part au plus profond de notre c½ur, une vérité qu'on aimerait effacer et oublier, jeter, froisser comme ce bout de papier, une vérité qu'on préfèrerait ignorer malgré sa présence si lumineusement terrible.
 
Nous sommes arrivés trop tard.
 
Juvia était là, les yeux fermés et un sourire léger flottant sur ses lèvres roses, le ton bien trop pâle mais illuminé par un soleil radieux. Ses cheveux, tout d'un coup d'un bleu clair, tombaient en cascade sur ses épaules pauvrement couvertes malgré le froid de ce soir d'hiver. Elle était tellement blanche, comme si tout le sang l'avait soudainement quittée, comme si la vie l'avait quittée, mais paraissait si sereine, en paix, plongée dans une béatitude absolue, si heureuse qu'on pourrait croire qu'elle dormait, tout simplement ; qu'elle s'était assoupie pendant qu'elle nous écrivait une lettre.
 
Un poignard d'argent était planté dans son c½ur et un mince filet d'eau blanche coulait du trou béant de sa poitrine, serpentant jusqu'à cette eau grise qui léchait la neige froide.
 
Natsu quitta les lieux, muet et détruit, se frottant le front ou les yeux ou encore la barbe, disparaissant derrière un millier d'arbres, derrière les ombres grises qui ne cessaient de grandir et de nous plonger dans l'obscurité.
 
Gray fit quelques pas en arrière, sembla sur le point de suivre Natsu mais se figea soudainement, incapable, surpris, confus, comme refusant de voir la vérité, comme refusant de croire en cette vérité.
 
Nous sommes arrivés trop tard.
 
-Elle... elle est... ?, balbutia-t-il en adressant une question muette à Erza.
 
N'osant pas le dire à haute voix.
 
-Oui, répondit-elle simplement en s'écartant du cadavre. Elle.... Elle t'a écrit une lettre, Gray.
 
La jeune fée lui tendit le bout de papier froissé et tenta de sourire, tenta de reprendre sa carapace ou son armure d'héroïne et de paraître forte, de paraître en parfait état, cachant ainsi sa douleur qui se frayait néanmoins un chemin vers ses prunelles lumineuses.
 
-'' Cher Gray '', a-t-elle écrit, commença Erza en comprenant la requête invisible de son ami, toujours incapable de bouger. ''Si tu lis cette lettre, c'est que j'ai sans doute quitté ton monde. Pour un monde meilleur, ais-je envie d'ajouter, mais je n'ai pas envie de te mentir, surtout pas à toi. Notre histoire n'a jamais été facile ; rien que notre rencontre a été une catastrophe. Tu as volé mon c½ur et je n'aurais jamais cru être un jour capable de te le pardonner. À l'époque, je pensais te tuer afin de te punir, t'arracher le c½ur, le dévorer et partir à la quête de cet amour que je finirais par détruire. Chose étrange, je n'ai pas suivi mon plan ; encore aujourd'hui, alors que j'écris cette lettre, j'ignore quelles sont les raisons qui m'ont poussée à t'épargner et à aménager chez vous.
 
Est-ce parce que je n'avais pas trop le choix ? Ou bien est-ce quelque chose de bien plus magnifique et affreux à la foi ?
 
L'amour est une chose étrange, vois-tu. Il arrive alors qu'on s'y attend le moins, tombe comme ça sur nous sans nous prévenir et fait de nous ses prisonniers ; par amour, on tuerait, par amour on volerait et par amour, Gray, j'ai mis fin à mes jours.
 
Non, ce n'est pas de ta faute, Gray, contrairement à ce que tu pourrais penser. C'est pour moi que j'ai pris ce poignard et que j'ai chevauché ce cheval. Égoïste, je l'étais en tant que nymphe, et égoïste je préfère mourir en tant qu'humaine. Jamais je ne pourrais supporter de t'arracher le c½ur, surtout si c'est pour redevenir celle que j'étais avant notre rencontre, c'est-à-dire une femme assoiffée de sang, sadique et cruelle qui tuait tout ce qui avait le malheur de tomber sous le charme de ce lac. Je ne veux pas redevenir obsédée par mon immortalité, aveuglée par mes désirs, je ne veux plus être ça, plus jamais. Je préfère mourir le c½ur bercé par la joie, réchauffée par ce sentiment si étrange et contradictoire qui court dans mes veines et anime mon corps.
 
Je t'aime Gray.
 
Tu n'as jamais cessé de me repousser, effrayé par moi et par ce que je pouvais te faire. Tu n'as jamais
cessé de me fuir, de m'éviter et de me briser le c½ur, à chaque fois que tu quittais précipitamment une pièce dans laquelle j'entrais ou encore ton refus absolu de m'adresser la parole plus que deux minutes. Pourquoi suis-je tombée amoureuse de quelqu'un comme toi, Gray ?
 
L'amour est un sentiment bien étrange mais je t'aime et je t'aimerais pour toujours et à tout jamais.
Mon seul regret est de ne pas avoir fait en sorte de pouvoir te dire ces mots en face, mais j'en profite pour au moins te les avouer sur papier.
 
Je t'aime. ''

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Comments :

  • oceane23121998

    02/06/2016

    Coucou non je suis pas morte c'est juste que j'avais perdu le fil de l'histoire et avec les cours c'est pas tous les jours facile donc j'étais obligé de relire tout tes chapitre voili voilou. Sinon super chapitre et bonne continuation bye 😊

  • Nalupowalove

    02/06/2016

    C'est triste :'( Là je pleure maintenant >.<
    C'est un magnifique chapitre, je vois pas quoi dire de plus ^^ Félicitation de si bien transmettre les émotions!

  • Nono-de-Fairy-Tail-NALU

    02/06/2016

    De rien:)

  • naruto-fanfic356

    02/06/2016

    et ben c'est chaud tous ça dis donc xD j'adore quand cest triste bravo ^^

  • Layla--Dragneer

    02/06/2016

    Tu as très bien réussit ! ^^

  • NaLu-chan

    02/06/2016

    Layla--Dragneer wrote: "C'est tout triste, mais en même temps très beau je trouve ! Pauvre Jubia... "

    C'est exactement ça que je voulais faire ; rendre cette tristesse belle, en quelque sorte ! Je voulais rendre sa mort magnifique, pas seulement triste !

  • NaLu-chan

    02/06/2016

    Nono-de-Fairy-Tail-NALU wrote: "C'est triste mais j' adore!"

    Merci beaucoup ! ^^

  • NaLu-chan

    02/06/2016

    LaMagnifiquePrincesse wrote: "NON JUVIA, POURQUOI T'EN DE HAINE, ma pauvre elle est tombé amoureuse et elle a décidé de mettre fin à sa vie plutôt que de tuez Grey, que c'est triste et mignon à la fois, vivement la suite j'ai vraiment hâte de la lire et en plus je pleure, voilà ta réussis à me faire pleurer T^T"

    C'est très très inspiré de 'La petite sirène', l'histoire de Juvia et Gray ^^ C'était triste mais je trouvais ça beau, ce sacrifice, ces sentiments, cet amour. Comme tu le dis si bien, c'est triste et mignon à la fois !
    Enfin, je suis désolée de t'avoir fait pleurer u.u

  • Layla--Dragneer

    02/06/2016

    C'est tout triste, mais en même temps très beau je trouve ! Pauvre Jubia...

  • Nono-de-Fairy-Tail-NALU

    01/06/2016

    C'est triste mais j' adore!

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